
Les croquettes sans céréales sont-elles vraiment meilleures ?
En une dizaine d'années, le sans céréales est passé du rayon spécialisé au rayon principal. La promesse est simple et séduisante : revenir à une alimentation plus proche de la nature de l'animal, débarrassée de ce blé et de ce maïs que l'on soupçonne d'être des remplissages bon marché.
La réalité est plus nuancée, et elle mérite d'être exposée sans militantisme. Certaines formules sans céréales comptent parmi les meilleures du marché. D'autres remplacent simplement une source d'amidon par une autre, sans rien changer au fond. Voici ce que disent les données, ce qu'elles ne disent pas, et comment décider pour votre compagnon.
D'où vient la mode du sans céréales ?
Comprendre l'origine du concept aide à en mesurer la portée réelle.
Un concept importé de l'alimentation humaine
Le sans céréales pour animaux est apparu dans le sillage du sans gluten pour humains, à la fin des années 2000. Le raisonnement s'est transposé sans véritable justification scientifique : si les céréales posent problème à certains d'entre nous, elles doivent en poser à nos animaux. Le succès commercial a été immédiat, et l'offre s'est développée bien plus vite que les études permettant d'en évaluer la pertinence.
Cela ne disqualifie pas ces produits. Cela signifie simplement que leur argument fondateur relève d'une intuition de consommateur plutôt que d'un besoin nutritionnel identifié chez le chien.
L'argument du loup, et ce que dit la génétique
« Le chien descend du loup, le loup ne mange pas de blé. » L'argument revient systématiquement, et il bute sur une découverte importante publiée en 2013 dans la revue Nature.
En comparant les génomes du loup et du chien domestique, les chercheurs ont mis en évidence une différence nette sur le gène codant l'amylase pancréatique, l'enzyme qui digère l'amidon. Le chien en possède plusieurs copies supplémentaires, ce qui lui confère une capacité à digérer l'amidon très supérieure à celle du loup. Cette adaptation s'est fixée au cours de la domestication, pendant les millénaires passés auprès des sociétés agricoles.
Autrement dit : le chien n'est pas un loup dans un salon. C'est un carnivore à tendance omnivore, parfaitement équipé pour valoriser une part raisonnable d'amidon cuit. Les céréales ne sont pas, en elles-mêmes, un corps étranger dans sa gamelle.
Le cas du chat est différent
Le chat, lui, est un carnivore strict. Son métabolisme est calibré pour tirer son énergie des protéines et des lipides, et ses capacités enzymatiques à traiter l'amidon sont plus limitées que celles du chien. L'argument d'une alimentation pauvre en glucides a donc, chez lui, une base physiologique réelle.
Attention toutefois au raccourci : ce qui compte pour un chat n'est pas l'absence de céréales, mais le taux de glucides total de la ration. Une croquette sans céréales à base de pois et de pomme de terre peut très bien en contenir autant qu'une formule au riz. C'est le chiffre qu'il faut aller chercher, et nous verrons tout de suite comment.

Sans céréales ne veut pas dire sans amidon
C'est le malentendu central, et celui qui fait acheter le plus souvent à côté de ses objectifs.
Ce qui remplace le blé et le maïs
Une croquette a besoin d'amidon pour exister. C'est lui qui, sous l'effet de la cuisson-extrusion, donne sa cohésion et sa forme au produit. Retirer les céréales oblige donc à les remplacer, généralement par des pois, des lentilles, des pois chiches, de la pomme de terre, de la patate douce ou du tapioca.
Ces ingrédients ne sont pas mauvais, loin de là. Les légumineuses apportent des fibres et une part de protéines végétales. Mais ils apportent aussi de l'amidon, parfois en quantité supérieure à celle du riz qu'ils remplacent. Le mot « céréales » a disparu de l'étiquette, la charge glucidique, elle, est toujours là.
Faites le calcul, il prend trente secondes
Aucune étiquette n'indique le taux de glucides, mais il se déduit facilement. Additionnez la protéine brute, les matières grasses brutes, la cellulose brute, les cendres brutes et l'humidité, puis retranchez le total de 100. Le reste, c'est l'amidon assimilable. Notre guide pour lire une étiquette de croquettes détaille la méthode et les autres chiffres à contrôler.
Faites l'exercice sur une formule sans céréales et sur une formule classique de gamme équivalente. Vous constaterez régulièrement des écarts faibles, et parfois un résultat en défaveur du sans céréales. C'est ce calcul, et non la mention sur le sac, qui doit guider votre décision.
La part des légumineuses
Un point d'attention supplémentaire. Lorsque pois, protéines de pois, lentilles et pois chiches occupent quatre des six premières lignes de la composition, la part végétale devient dominante, et une fraction non négligeable des protéines affichées n'est plus d'origine animale. Le taux de protéine brute reste flatteur, mais sa valeur biologique baisse.
Regroupez mentalement les dérivés d'une même matière première, comme pour les céréales fractionnées. C'est le meilleur moyen de voir ce que contient réellement le sac.
L'allergie aux céréales, un malentendu tenace
C'est la raison numéro un invoquée par les propriétaires qui passent au sans céréales. Elle repose pourtant sur une confusion.
Allergie, intolérance, sensibilité : trois choses distinctes
L'allergie alimentaire est une réaction du système immunitaire dirigée contre une protéine. Elle se manifeste principalement par des signes cutanés : démangeaisons persistantes, otites à répétition, léchage des pattes, rougeurs. L'intolérance, elle, est purement digestive et n'implique pas l'immunité. Quant à la sensibilité digestive, terme sans définition médicale précise, elle recouvre surtout des transits fragiles ou des aliments mal adaptés.
Ces trois situations ne se traitent pas de la même façon, et confondre les trois conduit à changer d'aliment sans résoudre le problème. Précisons d'emblée que le diagnostic relève du vétérinaire : notre métier est de vous aider à choisir un aliment, pas à poser une hypothèse médicale.
Les allergènes réellement en cause
Les publications vétérinaires consacrées aux dermatoses d'origine alimentaire convergent sur un point : les allergènes les plus fréquemment identifiés chez le chien sont des protéines animales. Le bœuf, les produits laitiers et le poulet arrivent en tête, devant l'agneau et l'œuf. Le blé apparaît dans les listes, mais nettement plus bas, et le maïs y figure rarement.
Autrement dit, un chien qui se gratte a statistically plus de chances de réagir au poulet de sa croquette qu'à son riz. Supprimer les céréales tout en conservant la même source de protéines animales revient alors à changer ce qui ne posait pas problème.
Ajoutons que l'allergie alimentaire vraie représente une part minoritaire des démangeaisons chroniques. Les parasites, l'allergie aux piqûres de puces et la dermatite atopique liée aux allergènes de l'environnement sont, de loin, des causes plus fréquentes.
Comment on identifie une allergie alimentaire ?
La seule méthode fiable reste le régime d'éviction, conduit sous supervision vétérinaire : on donne pendant six à huit semaines un aliment à source protéique unique et inhabituelle pour l'animal, ou à protéines hydrolysées, sans aucun écart, pas la moindre friandise. Si les signes régressent, on réintroduit les ingrédients un à un pour identifier le coupable.
C'est contraignant, mais il n'existe pas de raccourci. Les tests sanguins d'allergie alimentaire disponibles pour le chien manquent de fiabilité et donnent beaucoup de faux positifs. Si votre chien présente des signes persistants, notre article sur les croquettes pour chien sensible détaille les options disponibles, et nos gammes peaux sensibles et digestion sensible couvrent la plupart des besoins.
Le dossier cardiaque : ce que l'on sait, ce que l'on ignore
Impossible de traiter ce sujet honnêtement sans l'évoquer. Nous le faisons avec la prudence qu'il impose.

L'alerte de 2018
En 2018, l'agence sanitaire américaine chargée des aliments et des médicaments a publié un avis signalant des cas de cardiomyopathie dilatée, une maladie du muscle cardiaque, chez des chiens appartenant à des races non prédisposées génétiquement. Un point commun revenait souvent : ces animaux recevaient des régimes sans céréales riches en légumineuses, pois et lentilles en particulier.
Plusieurs hypothèses ont été avancées, dont une interférence de certains composés des légumineuses avec la synthèse ou la disponibilité de la taurine, un acide aminé essentiel au fonctionnement cardiaque.
Où en est-on aujourd'hui ?
Les travaux se sont poursuivis pendant plusieurs années sans qu'un lien de causalité soit établi. L'agence américaine a finalement annoncé qu'elle cessait ses mises à jour publiques régulières en l'absence de données scientifiques suffisantes pour conclure, tout en continuant d'enregistrer les signalements. Des études plus récentes, portant sur différentes sources de glucides, n'ont pas mis en évidence d'atteinte cardiaque chez des chiens adultes sains suivis sur plusieurs mois.
Le sujet reste donc ouvert. Il n'existe à ce jour ni preuve d'un danger, ni démonstration d'une innocuité complète pour les formules les plus riches en légumineuses.
Ce qu'il est raisonnable d'en retenir
Il n'y a aucune raison de paniquer ni de retirer précipitamment une alimentation qui convient à votre chien. Il y a, en revanche, deux réflexes de bon sens : préférer les formules où les protéines animales nommées dominent nettement la composition, et vérifier que la taurine figure parmi les acides aminés ajoutés, ce que font les fabricants sérieux depuis l'alerte. Si votre chien appartient à une race prédisposée aux troubles cardiaques, dobermann, boxer, cocker ou dogue allemand notamment, parlez-en simplement à votre vétérinaire lors du prochain contrôle.
Quand le sans céréales se justifie, et comment bien le choisir ?
Après tout ce qui précède, il serait absurde de jeter le sans céréales avec l'eau du bain. Certaines des meilleures formules du marché en font partie.
Les situations où il a un vrai intérêt
- une intolérance ou une allergie au blé identifiée par un régime d'éviction, cas réel mais minoritaire ;
- une entéropathie au gluten, documentée chez certaines lignées de setter irlandais ;
- un chat pour lequel on cherche à réduire la charge glucidique, à condition de vérifier le calcul ;
- un chien en surpoids ou stérilisé, lorsque la formule affiche effectivement moins de glucides et plus de protéines ;
- un chien très actif ou sportif, pour qui les formules sans céréales sont souvent plus denses en protéines animales.
Les critères d'un bon sans céréales
Si vous choisissez cette voie, voici la grille à appliquer. Des protéines animales nommées et déshydratées en tête de composition, avec leur pourcentage. Un taux de glucides calculé qui apporte un gain réel par rapport à l'aliment de référence. Une part de légumineuses contenue plutôt que dominante. Des acides aminés essentiels, dont la taurine, présents dans les additifs. Et des conservateurs d'origine naturelle.
Nos croquettes sans céréales pour chien ont été retenues sur ces critères, et notre comparatif des croquettes sans céréales permet de les mettre en regard les unes des autres. Côté félin, nos croquettes premium pour chat et nos pâtées sans céréales répondent à la même exigence, la voie humide restant par ailleurs le moyen le plus simple de réduire la part d'amidon dans la ration d'un chat.
L'alternative low grain
C'est le compromis que beaucoup de propriétaires ignorent, et qui répond pourtant très bien à la plupart des situations. Les formules dites low grain conservent une céréale bien digestible, riz ou avoine, tout en écartant le blé et le maïs, les deux plus souvent mis en cause. On obtient une charge glucidique maîtrisée, une excellente digestibilité et l'on évite la forte proportion de légumineuses. Notre gamme low grain sans blé ni maïs couvre cette approche.
Alors, faut-il passer au sans céréales ?
Notre réponse tient en une phrase : la mention « sans céréales » sur un sac ne dit rien de la qualité de ce qu'il contient. Une excellente croquette sans céréales existe, une médiocre aussi, et la même chose vaut pour les formules avec céréales. Le mot sur le paquet n'est pas un critère, la composition en est un.
Jugez donc sur la nature et le rang des protéines animales, sur le taux de glucides que vous aurez calculé vous-même, sur les cendres brutes et sur les conservateurs. Puis observez votre animal pendant quelques semaines : le poil, les selles, le poids et l'énergie vous diront bien plus que n'importe quelle allégation. Et si vous changez d'aliment, faites-le progressivement, comme l'explique notre guide sur la transition alimentaire.
Notre rayon de croquettes pour chien présente pour chaque référence la composition détaillée, parce qu'un marché saturé de promesses mérite des données vérifiables. Et si vous hésitez entre deux formules pour votre compagnon, nos conseillers sont au 04 28 044 044, du lundi au vendredi de 9h à 17h : donnez-leur son âge, son poids, son activité et ses éventuels antécédents, ils vous orienteront vers « le » produit dont il a besoin.

